L’emploi, la solution à tous nos maux.

chinaexportationJ’hésitais avec avec un autre titre : l’emploi, ce grand absent des manifestations. Car depuis quelques semaines,  on semble oublier que la baisse du chômage est un des éléments de réponse à la pérennité de notre système de retraite. Oui, l’emploi est la solution à tous les maux mais il n’y a pas beaucoup de résultats jusqu’ici, et les conséquences tous les jours plus visibles : le chômage, les situations « précaires », la dette sociale, les faiblesses actuelles d’insertions, d’intégrations, de mixité sociales, la remise en cause des droits fondamentaux…Alors pourquoi si peu de résultats même avant la grande crise systémique  actuelle ? Parce que le problème n’est pas traité à sa racine dans une économie néo-libérale globalisée.  Hasard de la vie, la veille de la disparition de Maurice Allais, le cercle des économistes citoyens publiait un extrait de son ouvrage « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance ».

Le Modem veut ré industrialiser le pays.

Le Mouvement Démocrate propose de ré industrialiser le pays, cet objectif après celui de l’éducation fut réaffirmer en clôture de l’université de rentrée en septembre :

[…nous aurons à reconquérir la production et, chaque fois qu’elle est partie, aussi difficile que cela soit, la re-localiser en France.] [ Nous devons reconquérir la production. Pendant longtemps, la mode était de considérer que tout cela, les activités primaires, l’agriculture, le secondaire, l’industrie était passé de mode, mais nous ne pouvons pas continuer à nous bercer de ces illusions, car tout le monde dit : il faut parler de l’emploi.
La vérité, c’est que, s’il n’y a pas de production, il n’y a pas d’emploi. Il faut donc parler de la production en même temps ou avant de parler de l’emploi. Cela signifie deux choses. Premièrement, concernant les PME qui sont les vrais créateurs d’emplois et qui sont le vrai essaimage sur tous les sujets d’où nous avons été exclus ou que nous avons déserté ou que nous avons perdu, je veux redire devant vous que je ne comprends pas comment un pays qui sait fabriquer des satellites, des fusées, des avions, des hélicoptères, des moteurs d’hélicoptère -dans ma circonscription où nous avons été honorés par les plus grandes autorités de l’État- un sur deux des moteurs vendus dans le monde est fabriqué par nous… Comment ne sommes-nous pas capables de fabriquer une machine à laver ?!… En effet, la technologie de ces instruments ménagers ne me paraît pas beaucoup plus compliquée que celle d’une turbine d’hélicoptère !
Concernant les PME et la reconquête, je crois qu’il existe, ce n’est pas facile, cela ne se décrète pas, une stratégie fondée sur le repérage de gens qui ont la capacité, qui ont la technologie, qui ont le savoir-faire, que nous pourrions d’une manière ou d’une autre intéresser à des développements en France.

Le juste échange du PS pour enrayer la désindustrialisation.

Dans le même temps, le Parti Socialiste signe la nouvelle donne  internationale et européenne dans lequel il propose en partie 2, après un multi-latéralisme rénové en partie 1 :

[Une mondialisation au bénéfice de la planète : du libre-échange au juste échange ; du libéralisme prédateur au développement solidaire.] [Si nous ne croyons pas au libre-échange intégral, nous ne croyons pas non plus à la réponse protectionniste.][ Le juste échange, c’est celui qui intègrera dans les traités commerciaux internationaux des normes non-marchandes, sanitaires, environnementales, sociales et culturelles afin de protéger le consommateur autant que le producteur. Le juste échange ménagera des phases de transition suffisantes, au Nord comme dans les pays du Sud, pour permettre les adaptations nécessaires des systèmes productifs et des emplois induites par l’ouverture à la concurrence et enrayer, dans nos pays, le processus de désindustrialisation.]

Je partage l’analyse de Laurent Pinsolle sur le manque de lucidité du PS et sa préférence pour les sans papiers, plutôt que pour les ouvriers. Le juste échange permettrait donc d’enrayer le processus de désindustrialisation, seulement , et dans quelles proportions ? Pas de réponse.  C’est  rassurant pour les salariés de l’industrie, en revanche pas plus de travail pour les chômeurs ? Ce qui est parti, il faut  l’oublier ! Ils auront droits à de la solidarité nationale sous formes de prestations d’assistances. Des pansements à la place du traitement.

Il semble difficile pour le PS de hiérarchiser les dossiers, d’établir des priorités et de donner une vision novatrice de l’économie dans un système globalisé, j’avais déjà abordé ce point, les socialistes préfèrent s’occuper de la diversité qui permet d’occulter la volonté d’égalité des droits et de réduction des inégalités, ici la diversité mondiale préférée au droit de travailler et à la réduction des inégalités en créant des emplois. Nous avons peut-être aussi dans ce texte la prédominance de deux grands socialistes à la tête de deux entités de la mondialisation, Dominique Srauss Kahn patron du FMI et Pascal Lamy directeur général de l’OMC.

En outre, les socialistes demandent comme les ultra-libéraux de poursuivre les « adaptations nécessaires des systèmes productifs et des emplois induites par l’ouverture à la concurrence ». Comment leurs dire que les salariés du privé ont depuis longtemps compris que les adaptations, la flexibilité du marché du travail, sont causes de stress et de malaises ; comment leurs faire comprendre que les adaptations à la concurrence seraient sans fin car cette concurrence là est malsaine, elle est déloyale, totalement faussée (par des dumping économiques, sociaux et environnementaux) et face à plusieurs milliards de travailleurs (très)pauvres (et plus à l’est qu’au sud), nous salariés européens,  n’avons pas envies de les rejoindre et de rester dans un système qui tous les ans devient plus anxiogène et difficile ? Si l’on ne change pas, l’ajustement structurel a de beaux jours devant lui…car les entreprises globales pensent le salaire uniquement comme un coût et ainsi l’offre salariale mondiale la plus basse sert toujours de référence ; c’est un système régressif.

Allons continuer de résister aux leçons du réel, comme le dit Jean Claude Guillebaud et attendre que l’économie néo-libérale se régule seule comme s’est régulé le système financier ? Nous voyons bien les échecs du G20, du FMI face à la guerre monétaire actuelle, du sommet de Copenhague et la recherche du plus grand profit le plus vite possible reste la règle économique mondiale.

Un protectionnisme européen.

Pour ma part, je suis convaincu depuis de début par les analyses et la recommandation d’un protectionnisme européen qu’Emmanuel Todd avait présenté lors des conventions sur l’Europe du Mouvement Démocrate et qu’il exprime dans « Après le Démocratie ». Je regrette toujours que nous n’ayons pas retenus ses propositions lors des élections européennes. Certainement encore trop dans la pensée économique prédominante. Car pour ré industrialiser le pays, il faut relancer la demande intérieure par plus d’emplois, une meilleure redistribution de la valeur  ajouté (une augmentation régulière des salaires)  donc par une préférence locale si le terme protectionnisme fait peur.

Je cite quelques lignes extraites de ce livre :

[…la compression des salaires induite par la globalisation économique et financière, par le libre échange, les [ouvriers] a placés dans une position absolument défensive. Leur objectif, leur espoir plutôt, n’est pas d’accroitre leurs gains, mais de sauver leur emploi.] [Les conséquences actuelles du libre-échange sont connues et mesurables. Conformément à la théorie…les inégalités augmentent. Court circuitant la sophistication du théorème de Heskscher-Ohlin *, disons simplement que l’unification des marché du travail et du capital aboutit à introduire dans chaque pays le niveau d’inégalité qui sévit à l’échelle mondiale.] […la pression destructrice du libre échange exerce ses effets, progressivement mais méthodiquement, en remontant du bas vers le haut de la structure sociale.] […la caractéristique fondamentale de la mentalité économique actuelle est d’avoir atteint le stade de l’épure absolue, d’une sécheresse revendiquée : une véritable éthique de la non redistribution. L’économie doctrinaire néolibérale exige que l’on élimine toute forme d’assistance, que l’on réduise l’homme à sa valeur sur le marché à l’instant « t ».]

Voulons nous arriver à un système encore plus générateur d’inégalités, le dépérissement des classes moyennes et en grande masse,  des consommateurs-chômeurs européens et des travailleurs-pauvres asiatiques ? Il me semble inéluctables d’entrer dans une période transitoire de protectionnisme pour que chaque continent rééquilibre ses économies locales et organise une régulation saine de la concurrence. Sur l’emploi, il ne faut pas faiblir, il faut agir et lancer la contre offensive de ré industrialisation pour préserver nos systèmes sociaux et poursuivre les efforts de protection de notre environnement.

Je redonnerai dans un prochain billet les 11 points clés du modèle de dé-mondialisation,

Philippe FINTONI

* loi de Heskscher-Ohlin qui associe les proportions relatives des facteurs travail et capital à la spécialisation d’une nation dans le commerce international. Voir aussi la loi de Ricardo sur les avantages comparatifs qui nous dit que chaque pays devrait se spécialiser dans la production des biens pour laquelle il est relativement le plus doué, loi qui est cassée par le modèle chinois (un billet à faire sur les conséquences des transferts de technologies dans un pays totalitaire ayant un milliard d’ouvriers peu rémunérés). Je trouve aussi que les fameux « clusters » vantés par beaucoup se rapprochent de la loi de Ricardo à une échelle locale, donc risqué à long terme pour l’équilibre économique des collectivités.

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2 réponses à L’emploi, la solution à tous nos maux.

  1. On pourrait résumer la tendance des actionnaires ultra-libéraux( fonds d’investissements…) à : loin des yeux, loin du coeur ; donc effectivement pas de répartition équitable des plus values générées par tous les salariés. C’est la fameuse doxa en entreprise des années 90, maximiser les profits pour l’actionnaire et lui seul.

  2. Mamouchka dit :

    Pour utilement re-industrialiser, encore faudrait-il que ce qui génère la délocalisation soit encadré, contenu voire éradiqué …

    Selon moi, tout tourne autour du choix du financement opposant la capitalisation à la répartition.
    Le choix de la capitalisation est préjudiciable à l’ensemble de l’économie : il revient à scier la branche sur laquelle nous produisons.
    Le système dévoie le capitalisme. Après avoir favorisé la création des richesses pour l’ensemble (proposer des biens pour une consommation de masse, permettant l’enrichissement de ceux qui investissent et ceux qui travaillent), nous assistons à une captation des revenus produit au seul profit de fonds spécialisés et de dirigeants « complaisants ».

    Quel est votre point de vue ?

    Mamouchka.

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