Grande crise et grand emprunt.

Lundi 21 septembre s’ouvrira la période de souscription du grand emprunt du conseil régional des Pays de la Loire. A travers les documents d’informations diffusés et les déclarations de son président PS, Jacques Auxiette,  nous devrions nous tous, ligériens, placer notre épargne dans ces obligations.  L’objectif annoncé est louable, nous aider, entreprises et particuliers à passer la crise et à en sortir, le tout en faisant fructifier notre épargne au delà des taux faibles des livret A et autre PEL ; du véritable gagnant-gagnant. Mais à regarder de plus près cette proposition, plusieurs questions se posent et des incohérences se révèlent :

  • Quand je lis la phrase suivante  » cet emprunt n’alourdit pas la dette régionale : il ne s’ajoute pas aux emprunts traditionnels, il en remplace certains… » mes notions de gestions s’affolent. Donc pour la région, un emprunt obligataire n’est pas de la dette, merci de m’expliquer !? Un peu comme une taxe qui n’est pas un impôt.
  • La région s’ouvre aux particuliers et investisseurs institutionnels car une seule banque sur six répondait à l’offre du CR. Quelle banque et pourquoi ne pas l’avoir choisit ? Quel est le taux de commission des organismes financiers pour la diffusion de l’emprunt ? Des banques qui refusent des prêts mais seront rémunérées pour diffuser l’emprunt, belle négociation.
  • Les particuliers pourront donc transférer leur épargne par tranche de 500 € soit plus du tiers du revenu médian français, pourquoi ne pas fragmenter en plus petites sommes ?  De plus les particuliers aisés et riches seront les gagnants de ce plus haut niveau de rémunération grâce à leurs niveaux d’épargne plus élevés.
Fraction minimal pour l'emprunt des PDL

Fraction minimal pour l'emprunt des PDL

  • « Le taux de rémunération est fixé à 4 %. « C’est du gagnant-gagnant », fait valoir Jacques Auxiette ». En s’adressant au public pour emprunter, la région paiera plus cher l’argent que sur le marché actuel. Le taux directeur de la BCE est confirmé à 1 % (taux historiquement le plus bas),  donc nous tous contribuables rembourserons à travers nos impôts les intérêts plus élevés. La région a t-elle calculé la différence du coût global entre ce taux à 4 % et les taux inférieurs pratiqués actuellement par les marchés financiers ?
  •  » Préalable au lancement de cet emprunt obligataire, la Région a dû faire évaluer sa capacité financière par une agence internationale. Elle a récolté deux A, « ce qui est considéré comme une très bonne note », biche Jacques Auxiette. « Les experts ont souligné notre bonne santé financière, le dynamisme et les performances de la Région » – Ouest France du 15/09 – La notation par une agence externe est obligatoire pour ce type d’emprunt mais il est surprenant (ou pas) qu’ un socialiste affirmé se vante des bonnes conclusions d’une agence de notation US (Standard’s & Poor’s).

M. Auxiette devrait savoir que « ces experts » sont pour partie co-responsables de la grande crise actuelle. L’irresponsabilité et les conflits d’intérêts  des agences de notations ont été stigmatisé par tous les rapports économiques. Conflits d’intérêts, car le métier d’une agence est de récolter et d’assembler des éléments d’informations sur un sujet financier (ici la région PDL) et d’en tirer une opinion résumée, ici une note AA.  Ce métier est rémunéré exclusivement par l’émetteur du produit avisé, ici la région PDL. Sans remettre en doute les conclusions qui sont peut-être tirées du rapport de la cours de comptes,  un peu plus d’éthique dans le discours aurait été heureux. S’appuyer sur des conclusions faites par un acteur responsable de la crise pour un emprunt sencé réparer les conséquences de la crise ; une relation circulaire qui pourrait faire rire. Autre question : quelle est la rémunération de l’agence ?

Dernière interrogation et peut-être la plus importante : cet emprunt de 80 Millions€ est-il réellement nécessaire comptes tenu de la capacité d’autofinancement élevée , plus de 280 Millions€ ?

Les investissements réalisés seront bénéfiques économiquement et socialement mais se pose le problème d’écart de coût final demain pour les contribuables, même pour ceux qui n’ont pas les moyens d’épargner aujourd’hui. Un emprunt rémunérateur pour certain, financé par tous, je cherche la justice et l’équilibre de cette opération.

Philippe FINTONI

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Une réponse à Grande crise et grand emprunt.

  1. Patricia dit :

    Bien vu Philippe, très bonnes remarques! :o)

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