Les contribuables comme « airbag ».

fuite-en-avantDerrière les discours régulateurs et moralisateurs, il est inquiétant de constater que presque 3 ans après le début de la grande crise systémique mondiale (avec ses phases immobilières,  banquières et financières, économiques et puis cette crise des finances publiques) nos « décideurs » politiques continuent d’agir pour alimenter l’économie virtuelle néo libérale (rassurons les marchés face aux spéculateurs, y- a-t-il une différence ? ) au lieu de se concentrer sur l’économie réelle, les entreprises et le plein emploi.  Nous n’avons plus d’argent, allons en emprunter et vive la fuite en avant. Mais les déficits publics par rapport aux PIB des pays sont abyssaux, les besoins de financements des Etats et des collectivités deviennent exponentiels et les probabilités de mise sous contrôle de l’évolution des déficits  d’ici 2/3 ans s’amenuisent…Avec nos décideurs-intégristes du vénérable marché régulateur, A quand le précipice ?

Nous pourrions donc penser que les leçons sont apprises et que les erreurs d’hier ne seront pas reconduites. Ne soyez pas trop optimistes. Le projet de loi du Grenelle de l’environnement 2 nous confirme la création de niches fiscales alors que nos déficits sont effrayants . La force de l’habitude, peut-être ?

Dans ce projet de loi, les déchets et notamment nos ordures ménagères ont animé les débats avec pour conclusion de faire payer les familles au poids, plus vous « produisez » de déchet, plus vous payez. Cela semble en apparence simple, logique et équitable mais je trouve cette idée compliqué donc difficilement applicable et injuste. Premièrement c’est encore le consommateur final qui est taxé sous couvert des coûts de recyclage. Deuxièmement, faire payer les ordures ménagères au poids sera difficile à mettre en œuvre sans injustice.

  1. Il est vrai que le recyclage a un coût mais c’est aussi une source de profit, pour Veolia par exemple. Tous les citoyens n’ont pas encore totalement conscience des enjeux du recyclage pour notre environnement et les hausses successives risquent d’être des repoussoirs à la pratique. Nous sommes encore en grande partie tributaire des emballages dans notre consommation quotidienne, nous faisons l’effort de trier, nous finançons la collecte de nos poubelles et ce prix augmente toujours. Il ne faudrait pas que ce service devienne une contrainte.
  2. Vouloir faire payer les ordures ménagères au poids pour sensibiliser les français à la quantité de déchets générée ne me semble pas un bonne chose et un risque d’injustice. Comme je l’ai dit précédemment, le consommateur est pour beaucoup soumis à l’offre commerciale dépendant des industriels et des distributeurs avec encore beaucoup d’emballage, de sur emballage dans la grande distribution. C’est ici une principale source de réduction des déchets. Et puis, une famille populaire avec 3 enfants payera plus cher qu’un cadre supérieur célibataire, est-ce juste ? Comment intégrer les revenus du ménage dans cette proposition pour la rendre plus équitable ? Comment organiser ce système en immeuble ? Aurons-nous une serrure sur nos poubelles pour éviter de se faire « charger »  par son voisin préféré ? Cela risque d’aggraver les dépôts sauvages ou les feux de déchets dans les jardins. N’oublions pas que le ramassage des poubelles est un service collectif, ne basculons pas dans un système à la carte. Il faut donc plus de pédagogie, un service simple et une totale transparence de la  filière recyclage pour demander à chacun (industriel, producteur, distributeur, recycleur, consommateur) une juste et équitable contribution à l’effort.

Mais à grande ou à petite échelle, au global ou au local, nos politiques appliquent la tactique de la fuite en avant avec les contribuables comme  » airbag « , aie ! c’est quand le mur ????

Philippe FINTONI

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Une réponse à Les contribuables comme « airbag ».

  1. Mamouchka dit :

    Avec le système qui « épargne  » les revenus les plus favoriser, comment peut-on organiser la solidarité sociale et la mutualisation de risques ?
    On taxe à fond les classes moyennes, on dérembourse le plus possible et on emprunte….
    Ce que reproche nos chers néo-libéraux est ce qu’ils pratiquent eux-même !
    C’est le novlangue qui continue !
    J. K. Galbraith l’a très bien expliqué dans son livre « les mensonges de l’économie », en 2004…

    Pour la facturation du tri, du recyclage et des déchets « ultimes », le prix au poids est la fausse bonne idée : cela ne mutualise pas la charge alors que cela relève des collectivités territoriales (et non du privé, indépendamment du mode de gestion retenu -délégation, concession etc…).
    En plus, il faut comprendre qu’une famille de 5 personnes produira toujours plus de déchets qu’un couple, c’est physique !
    Enfin, la taxe au poids implique une poubelle à verrou pour que les gros pollueurs ne soient pas tentés de décharger le surplus chez le voisin !
    Cela se pratique en Alsace…
    Maintenant, comment vouloir dire « familles, je vous aime » puis « c’est 15 € le Kg »…C’est ça aussi la collectivité territoriale !

    Mamouchka.

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